Aude est actuellement en arrêt suite à un burn-out. Passionnée, cette professeure d’université nous raconte comment le sur-investissement couplé à la rupture du lien social, notamment avec ses élèves, l’a conduit à l’épuisement.

Catherine B.: Bonjour Aude

Aude : Bonjour, Catherine.

C.B : Aude, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? Quelle est votre profession ?

A. : J’ai 50 ans, je suis professeure à l’université, mère de famille. J’enseigne à temps plein auquel il faut ajouter 15 à 30% d’heures supplémentaires selon les années, et je dirige un département de formation (sans décharge). Je mène aussi différentes missions eu sein de l’université. Je suis très investie professionnellement.

C.B : Aude, vous êtes actuellement en arrêt pour burn-out… Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière c’est arrivé ?

A. : Je suis en arrêt depuis bientôt 4 mois. Le diagnostic de burn-out a été posé par le médecin environ un mois et demi après le début de l’arrêt.
Ce sont des douleurs physiques insupportables liées au stress selon le médecin qui ont déclenché le premier arrêt, le second pour anxiété. Puis le verdict est tombé : burn-out.
J’étais sans doute en burn-out depuis plus longtemps (plusieurs mois ?), mais dans le déni total.
Une dizaine d’années de surinvestissement professionnel, depuis quelques années des contractures musculaires douloureuses presque permanentes, puis des problèmes « mécaniques » (genou, épaule, nuque) depuis un an et demi, des tonnes de traitement anti-douleur inefficaces, de la codéine au tramadol et désormais à la poudre d’opium ( !).
Un évènement personnel très douloureux, des tensions professionnelles croissantes liées à l’arrivée d’un nouveau collègue particulièrement difficile à gérer, et un « beau » matin, les douleurs sont devenues telles qu’il m’a été impossible de me rendre au travail (névralgie, notamment). Le médecin a immédiatement fait le lien avec un stress lié à mes conditions de travail.

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre pour vous depuis le début de votre arrêt ?

A. : La disparition des relations avec mes étudiants, mes collègues. Les échanges, le bruit. Le lien social, humain.
Et la peur de ces terribles mots « burn-out »

C.B : Vous sentez-vous soutenue par votre entourage ?

A. : Oui, ma famille, mes amis, quelques collègues.

C.B : De quelle manière vous reconstruisez-vous ?

A. : J’obéis à mon médecin (ce que je ne faisais pas avant), j’échange beaucoup avec lui, je suis aussi une psychothérapie qui m’aide beaucoup, et je tiens un journal.
Je marche quotidiennement, j’ai la chance d’habiter tout près d’une rivière. Je me promène, m’assois sur un banc, je lis, écoute le bruit de l’eau, des feuillages. Je me déplace en marchant autant que possible, ce que je ne faisais jamais avant. Je vais au cinéma. Je prends le temps. Je n’en avais plus avant, mon travail prenait toute la place. Je reprends peu à peu goût aux choses.
Je vois presque chaque semaine des amies qui ne faisaient pas partie de mon cercle habituel. Je change donc d’environnement, d’habitudes. Je m’écoute.

C.B : Vous avez créé une page sur Facebook « Journal d’une femme épuisée – Burn out » sur laquelle vous racontez chaque jour votre histoire et votre expérience du burn-out. Pouvez-vous nous raconter la genèse de cette page et votre démarche ?

A. : J’ai créé cette page Facebook il y a 3 semaines. Il y a un décalage temporel car je n’ai pas publié mon journal dès le début. J’ai ressenti, en commençant à aller mieux, le besoin, l’envie, de le partager, de le rendre public. Je crois que c’est vraiment thérapeutique pour moi d’écrire ce que je vis, de partager mon ressenti. Publier en décalé m’oblige à me relire et me ramène donc quelques semaines en arrière, je mesure ainsi chaque petit pas que je fais vers, je l’espère, la guérison, la reconstruction.
Je publie mon journal pour moi, pour les autres victimes que peut-être la lecture soulagera, isolera moins. Et pour témoigner. Parce qu’il est essentiel de parler du burn-out, que les gens sachent ce que c’est, ce que signifie traverser une telle maladie, qu’ils lisent la souffrance. Parce que c’est une maladie professionnelle non reconnue comme telle, trop souvent confondue avec la dépression.
Témoigner, c’est aussi dénoncer. Crier sur les toits que c’est professionnel et que la fonction publique n’est pas épargnée, contrairement aux idées reçues. Que ça n’est pas nécessairement lié à un supérieur responsable de pressions comme on le lit souvent, mais au système lui-même. Un système qui nous transforme en machine. Le sous-effectif, les e-mails qui envahissent le quotidien, les missions qui s’alourdissent à moyens humains constants.
Mes publications Facebook sont aussi liées à un compte Twitter du même nom pour peut-être toucher davantage de gens : https://www.facebook.com/JournalFemmeBurnOut/

C.B : Qu’est-ce que cette expérience du Burn-Out vous a appris ?

A. : La question est difficile parce que ma réponse ne peut pas être définitive : je suis encore en arrêt, donc encore en burn-out.
J’en tire déjà une leçon : celle qu’il faut écouter les alertes de son corps et son médecin. J’ai appris (et accepté l’idée) que je n’étais pas une super woman. J’ai cru l’être pendant tant d’années.
J’ai compris que mon travail me tuait à petit feu, que j’étais dans le déni, par passion, par conscience professionnelle outrancière, par empathie démesurée. Je donnais tout aux autres, je n’avais plus rien à m’offrir à moi-même.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne en Burn-Out aujourd’hui ?

A. : D’écouter son corps. De se faire violence pour accepter le diagnostic, d’apprendre à lâcher prise (très difficile pour moi) et de couper avec son travail. De ne pas penser que c’est un signe de faiblesse, une maladie honteuse.
De ne pas rester chez soi. De bouger, de sortir.

C.B : Est-ce que certaines lectures vous aident ?

A. : Jusqu’à la décision de publier mon journal, je ne lisais rien sur le burn-out. J’avais lu des articles sur le sujet il y a quelques années lorsque mon médecin avait tiré la sonnette d’alarme et prononcé ces deux mots. Je voulais savoir ce qu’était ce risque que je courrais selon lui. Cela m’avait fait peur et j’avais alors levé un peu le pied. Momentanément.
Suite à la publication de mon journal, j’ai été invitée à rejoindre des groupes sur Facebook. J’y ai lu des témoignages, des articles publiés, des articles de blogs (sur Twitter également). Je lis tout ça avec beaucoup d’intérêt et oui, cela m’aide de savoir que je ne suis pas la seule, de me reconnaître dans certaines lectures, d’y trouver des conseils. La solidarité, c’est précieux.

C.B : Merci beaucoup Aude !

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