“Avoir les foies”, “se faire de la bile”, “y mettre ses tripes”, “prendre une décision viscérale”, “avoir la peur au ventre”, “digérer une remarque”, “ravaler sa fierté”…

Les expressions associant notre état émotionnel à notre système digestif ne manquent pas.

Nous l’avons tous expérimenté un jour : une réunion à enjeux et nous fonçons au petit coin, un entretien d’embauche et nous ne pouvons plus rien avaler, une grosse peur et c’est notre déjeuner que nous retrouvons sur le trottoir.

Quand le cerveau mobilise ses ressources pour chercher des solutions ou faire face à un stress intense, le système digestif libère l’énergie qu’il était en train d’utiliser pour la laisser disponible aux organes en demande (le cerveau en priorité).

Mais la situation n’est pas faite pour durer.

Le mécanisme de blocages du système digestif lié au stress devrait être de courte durée : initialement, il permettait à Mr Cromagnon d’assurer un bon sprint pour ne pas faire le déjeuner d’un prédateur…

Aujourd’hui le prédateur est un de nos semblables et le sprint qu’est celui des dossiers à remettre ou des chiffres à tenir, dure plusieurs mois.

À force de recevoir des messages d’urgence de notre cerveau, l’intestin fonctionne moins efficacement (c’est un peu comme si on avait les pieds sur l’accélérateur et le frein en même temps).

Il absorbe moins bien les nutriments (et nous fournit alors moins de vitamines nécessaires à notre équilibre). Mal irrigué et protégé, il se fragilise. Les défenses immunitaires fonctionnent elles aussi en état d’urgence, la flore intestinale se modifie.

C’est comme un grand changement climatique au sein de notre ventre.

Il peut nous paraître moins noble que notre cœur ou nos poumons. Pourtant, cet organe sait tout de nous et ne veut que notre bien :

  • Il nous nourrit : il transforme les aliments que nous consommons en molécules infiniment petites pour que nous les fassions nôtres.
  • Il nous protège : il assure notre protection en accueillant la grande majorité de nos cellules immunitaires et en communiquant régulièrement avec elles.
  • Il nous fait nous sentir bien : il produit près de 95% de la sérotonine qui joue un rôle non négligeable sur la régulation de l’humeur, du sommeil et du bien-être.
  • Il analyse : il transmet au cerveau les taux d’hormones et des vitamines nécessaires à notre bien-être.
  • Il sait recevoir : il accueille des bactéries amies (la flore intestinale) dans notre gros intestin. Elles finissent de dégrader ce qui ne l’a pas été plus haut et peuvent aussi influencer une partie de nos comportements, en produisant entre autres des vitamines dont celles du groupe B qui agissent sur notre moral.
  • Il sort les poubelle : en évacuant nos déchets.

Ajoutons à la cette liste non-exhaustive des tâches de ce Tony Danza de notre corps, son influence sur notre prise de décision.

Il a la mémoire de la sensation liée à une expérience négative, que ce soit pour un repas (la prochaine fois je ne prendrai pas le supplément chantilly sur ce brownie au chocolat) ou pour une expérience de vie.

Si l’idée de vous confronter à votre ancien employeur tyrannique vous retourne les boyaux, demandez-vous si votre ventre ne vous envoie pas un signal bienveillant de protection et si la bonne solution n’est pas la fuite après tout !

Alors comment faire pour bichonner son intestin au quotidien et éviter que le stress du ventre n’en rajoute une couche à celui de la tête ?

1/ Mastiquer, mastiquer et mastiquer encore.

La liste des bienfaits de la mastication est longue… Retenez-en au moins deux ici :

En réduisant les aliments en particules fines, vous facilitez le travail du système digestif (et donc vous libérez de l’énergie).

En mastiquant, vous permettez à votre cerveau d’analyser les molécules en présence et de libérer les enzymes adaptées à la digestion des aliments consommés.

2/ Prendre les repas sans stress

Bannissez les conflits, les mauvaises nouvelles aux infos, et tous les sujets qui fâchent. Vous vous preniez le bec avec votre conjoint avant le repas ? Réglez le problème avant le manger !

Et cela vaut aussi pour les enfants. On parle du zéro en maths loin des repas.

Le repas, c’est la plage de zénitude. On profite du plaisir d’être ensemble, on échange les bonnes nouvelles et si on n’en a pas, les beaux projets ou les bons souvenirs.

Ou on blague ! Rire facilite la digestion.

Bref on se fait plaisir et ça fait du bien.

3/ Respirer

Pensez à respirer par le ventre, surtout au moment des repas et après. La respiration ventrale libère le diaphragme et masse les organes de la digestion. Tout se met en route plus sereinement.

4/ Consommer des fibres

Notre flore intestinale est friande de fibres.

Consommez donc tous les jours un peu d’aliments à fibres comme les fruits et légumes crus, la banane, l’artichaut, la pomme de terre cuite froide, le riz cuit froid (dans les sushis par exemple), le blé complet ou semi-complet.

Plus ou moins selon vos tolérances, faites des essais et regardez ce qu’il se passe. Si vous avez envie de consommer de plus en plus régulièrement des salades de pommes de terre, c’est peut-être que ce type de fibres vous fait le plus grand bien.

5/ Être à l’écoute de ce qui vous fait du bien et de ce qui vous en fait moins.

Avez-vous par moments des ballonnements après la consommation de certains aliments ? Des grands coups de fatigue après une association alimentaire qui ne vous réussit pas ?

Sans devenir hypochondriaque ou phobique et surtout sans mettre de côté de façon drastique ce qui vous fait plaisir, regardez juste ce qui passe ou pas.

Pris de le « feu de l’action » de la vie quotidienne, on pense que le ballonnement de fin de journée est simplement dû au stress alors que c’était juste les mini-pains au chocolat de la réunion de 11H00 pris avant le repas de 12H00.

Être à l’écoute de son ventre c’est aussi un peu prendre la météo interne de ses besoins fondamentaux.

Si vous vous levez le matin avec une sensation de mal-être et de fatigue, commencez par vous demander ce que vous avez mangé la veille.

Si tout est en ordre selon vous physiologiquement, alors prenez en compte ce qui fait des nœuds aux boyaux de la tête.

Je suis curieuse ! Pour vous, comment s’exprime votre stress au niveau digestif ? Que faites-vous pour y remédier ? Dites-moi tout dans les commentaires ci-dessous.

Le charme discret de l'intestin

Pour aller plus loin je vous conseille vivement le livre « Le charme discret de l’Intestin » de Guilia Enders (Actes sud) qui explique avec simplicité et énormément d’humour le fonctionnement d’un organe primordial pour notre forme et bien trop souvent négligé.