C’est après une reconversion professionnelle que Sylvie a fait son burn-out. Elle nous raconte comment l’humiliation, des brimades et les réflexions l’ont faite chuter… pour se reconstruire aujourd’hui au travers un nouveau métier.

Catherine Borie : Sylvie, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? Que faites-vous dans la vie aujourd’hui ?

Sylvie : Bonjour, je m’appelle Sylvie, j’ai 42 ans, je suis mariée, maman d’un loustic de 8 ans. Aujourd’hui, après un arrêt de 8 mois, j’ai repris une activité professionnelle qui n’a absolument rien à voir avec la profession qui m’a fait tomber.

C.B : Vous avez été victime d’un Burn-Out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ?

S. : Après 17 ans de bons et loyaux services dans le commerce, j’ai décidé en 2015, de me lancer dans une reconversion professionnelle. Après un bilan de compétence et des prises d’informations, mon choix s’est arrêté sur une formation niveau 3 en gestion de la paye.

Quelques mois plus tard, me voilà embauchée dans un cabinet dédié uniquement au volet social des entreprises. Pendant 8 mois, j’ai été la salariée modèle. En même temps, j’étais la seule… modèle dans le sens où elle ne pouvait rêver mieux.

Je suis félicitée, je reçois même une prime pour mon travail en juillet, c’est dire si j’étais top. Et puis arrivent les congés au mois d’août. Que se passe t’il durant ces congés ? Je ne le sais pas. Ce que je sais en revanche c’est l’humiliation, la perversité dont j’ai été victime, les brimades, les réflexions qui vous tétanisent et que l’on ne comprend pas. Comment passer de salariée exceptionnelle à salariée moins que rien ?

Forcément, je perds pied. Je manque de concentration, je commets des erreurs. N’en pouvant plus deux mois après, je demandé une réunion afin de demander une rupture conventionnelle. Elle m’est refusée ! Ma supérieure me dit, je la cite: « Je vais faire un effort. Mais lorsque je vois une personne craquer, je deviens perverse et je vais jusqu’à écraser la personne ».

Puis des excuses bla bla bla. La belle vie reprend durant quinze jours. Et puis chassez le naturel, il revient au galop. Un enfer. J’ai commencé à pleurer les dimanches, à avoir une boule au ventre et à angoisser. Puis différents symptômes sont venus se glisser dans mon quotidien, la vue brouillée, un déplacement des cristaux de l’oreille qui m’ont causé des vertiges hallucinants, des maux de dos, des pertes de mémoire, moi qui ai une mémoire d’éléphant. Et un matin, sur la route, la peur m’a envahie. Je n’arrivais plus à conduire, j’avais peur de mourir…

Le 16 décembre mes congés commençaient, le 22 décembre je demandais un arrêt maladie de 15 jours, le 26 décembre on m’appelait pour me dire de ne pas revenir. On me propose une rupture conventionnelle que j’ai acceptée évidemment. Il fallait que je prenne soin de moi.

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

S. : Les phobies ont été les choses les pires à vivre. Je ne pouvais plus rester seule, je ne mangeais plus, ne vivais plus. Et tous ces symptômes et toutes ces douleurs incessantes. Toutes ces larmes versées tous les jours, tous ces doutes, ces peurs de mourir brutalement. Tous ces combats et ces changements d’humeur. Cette prise de conscience sur la vie. Peur de devenir folle, de perdre pied. Tout absolument tout était pire.

C.B : Etiez-vous soutenue par votre entourage ?

S. : Mon entourage a fait tellement plus que me soutenir. Sans eux je ne serai pas là. J’ai une chance inouïe parce que personne ne comprenait et pourtant ils voulaient essayer de comprendre. Ils ont réussi à me faire avancer. Je leur dois tout. Je les aime…

C.B : Comment avez-vous fait pour vous reconstruire ?

S. : Je me suis reconstruite doucement en acceptant de comprendre ce que je traversais et en arrêtant de dramatiser les symptômes. J’ai vu 2 thérapeutes mais ne m’ont pas convenu. C’était un psychothérapeute et un psychiatre.

C.B : Vous avez donc changé de métier…

S. : J’ai tout changé. Je suis devenue réceptionniste dans un camping ouvert à l’année. Je vois du monde, je revis. Mes employeurs sont, pour l’instant, des gens formidables. Ils sont au courant de ce que j’ai vécu. Je viens de prolonger mon contrat de 6 mois. L’avenir me dira ce qu’il me réserve.

C.B : Qu’est ce que cette expérience du Burn-Out vous a apporté ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vivre aujourd’hui ?

S. : Le burn-out m’a rappelé qu’il est important de relativiser, car je l’avais déjà appris par le passé. Il m’a appris aussi ce qu’était le lâcher-prise. C’est magique !

Aujourd’hui je m’écoute. Je suis fatiguée ? Je dors. Je suis angoissée ? Je respire. J’attends avec impatience d’aller mieux et que ce burn-out soit un lointain souvenir.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

S. : Surtout, ne restez pas seule, faites-vous aider, soutenir. C’est primordial. Parlez, libérez-vous de ces maux et mots. Et surtout réapprenez à souffler et à respirer. Ça fait un bien fou.

C.B : Question Bonus : Quelles lectures vous ont aidé ?

S. : La psychologie de la peur de Christophe André & Comment se débarrasser de l’anxiété et de la dépression de Shirley Trickett

C.B : Merci beaucoup Sylvie !

S. : Merci à toi Catherine 💖