Aujourd’hui, j’ai le plaisir de partager avec vous le témoignage de Nathalie qui a vécu une véritable renaissance suite à son burn-out.

Catherine : Nathalie, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? Que faites vous dans la vie aujourd’hui ?

Nathalie : J ai 49 ans et j’ai fait mon burn-out avec passage à l’acte en décembre 2015. Je suis en arrêt depuis bientôt 2 ans… J’en ai profité pour passer 2 DU (Education Thérapeutique du Patient et Démocratie en Santé) à la Pitié Salpêtrière. Je termine actuellement une formation en Naturopathie et en commence une autre en MBSR (méditation de pleine conscience). Je viens de l’industrie pharmaceutique et j’avance à tâtons dans ma reconversion. L’aide et le soutien à la personne (en pré, en post ou en cours de burn-out) me semblent être une évidence mais je n’ai encore rien défini. Je ne suis d’ailleurs pas encore en mesure de retravailler car je souffre de fatigue chronique

C.B : Vous avez été victime d’un Burn-Out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ?

N. : Il a fallu plusieurs années de surmenage pour que j’en arrive au point de rupture. Ce fut comme une fulgurance ce 29/12/2015. J’ai eu antérieurement des signes d’alerte que je n’ai pas voulu écouter. Je précise que je suis maman solo de 3 grands ados aujourd’hui. Ils n’ont pas toujours été grands. Je voulais toujours bien faire, être celle dont on ne pouvait se passer, je me suis rendue indispensable… J’en étais arrivée à travailler 20/24h, les week-ends, je ne prenais que 10 jours de congés par an car je n’avais pas de back-up. J’ai eu une équipe 4 fois supérieure (en nombre) à celles de mes homologues. Je me suis faite prendre à mon propre « jeu ». Il ne faut pas oublier la culpabilité que j’ai pu ressentir par rapport à mes enfants que j’ai beaucoup délaissés. J’ai tout donné à mon travail pour une promotion qui n’est jamais arrivée et qui était sensée offrir à mes enfants de meilleures conditions de vie pour leurs études supérieures. Je voulais qu’ils n’aient pas à travailler en même temps que leurs études, afin de s’y consacrer entièrement, mais, à mon grand regret, ils doivent s’autofinancer en partie.

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

N. : J’ai eu peur de garder des séquelles liées à la prise des médicaments, j’ai mis environ 3 mois pour évacuer toutes ces substances chimiques (j’étais comme ivre en permanence).

J’ai coupé le contact avec tout le monde ou presque durant la première année d’arrêt. Je ne savais plus qui j’étais.

C.B : Êtiez-vous soutenue par votre entourage ?

N. : Mes 3 ami(e)s au courant ont toujours été présents, ils m’étouffaient même un peu parfois ! Mes « proches » (parents, famille) ne comprennent toujours pas.

Durant mon hospitalisation, ma mère m’a appelée et m’a dit « Tu es en vie, tout va bien, ce n’est pas la peine que je vienne… repose toi. »

C.B : Comment vous êtes-vous reconstruite ? Allez-vous voir des thérapeutes et si oui, quel type ?

N. : Je suis encore en pleine reconstruction. Imaginons un bâtiment qui a brûlé, il faut le nettoyer, le débarrasser de ses débris, refaire des fondations solides pour le maintenir debout, des murs pour le protéger. Le reste ne vient qu’après… Je pense que j’en suis, au bout de bientôt 2 ans au stade des murs…

Je prends un anti depresseur, rien d autre. J’utilise beaucoup la naturopathie et la méditation.

Je vois ma psychologue 2 fois par semaine depuis ma T.S et ma psychiatre une fois par mois.

C.B : Nathalie, envisagez-vous parfois de reprendre votre ancien métier ?

N. : Je n’en suis pas encore à la phase de reprise…. Je ne m’imagine cependant pas retourner dans cette entreprise qui a profité de mes points faibles (besoin de reconnaissance entre autres) et qui m’a poussée au geste ultime de mise à mort après la mise à mal.

C.B : Qu’est-ce que cette expérience du Burn-Out vous a apportée ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vivre aujourd’hui ?

N. : C’est une renaissance au sens stricto sensu. J’ai été réanimée, isolée en HP durant 15 jours. Très difficile épreuve… Depuis je me suis débarrassée des pseudo charges sociétales et je vis l’authentique. J’ai mis de côté le paraître au profit du bien-être. J’ai coupé les ponts avec les personnes qui me phagocytaient (même débordée, je rendais toujours service). Je suis à mon écoute, à l’écoute de mes « très » proches, je profite de mon arrêt pour me découvrir (et oui, j’ai tellement fait semblant, pendant toutes ces années, à être la businesswoman parfaite que j’en ignorais qui j’étais). Je choisis mes relations, je sais dire NON, je fuis et fais mon maximum pour désamorcer et éviter les conflits.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

N. : De prendre soin d’elle, d’être égoïste au sens noble et bouddhiste du terme, de prendre le temps nécessaire à la récupération physique et morale, d’hiberner si nécessaire, de se permettre des moments régressifs comme être entouré de coussins et de couvertures à poils doux… De ne pas se juger, ne pas culpabiliser, ne pas avoir peur de se couper des autres pour mieux se retrouver.

C.B : Question Bonus : Quelles lectures vous ont aidé ?

N. :

– Quand le travail vous tue de Aude Selly

– Mon boss est nul mais je le soigne

– L’arbre du choix de Nicole Canivenq

– Consentir à mourir du Dr Alix de Bonniere

– De la douleur à la douceur de Agnès Stevenin

– L’Estime de soi de Christophe André

– et bien d’autres encore…

C.B : Merci beaucoup Nathalie !

N. : Merci à vous !

Vous êtes en Burn-Out ou vous vous sentez concerné(e) ?


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