Parfois, le travail peut faire écran à une situation personnelle difficile… Et quand ce sytème de protection vire à l’extrême, il peut aussi mener au burn-out.
Merci à Na. pour son témoignage très émouvant.

 

C.B : Na., pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? Que faites-vous dans la vie aujourd’hui ?

 

Na. : Bonjour ! Je m’appelle Na., j’ai eu 50 ans début juillet. Je suis séparée depuis 5 ans, mais pas divorcée. J’ai 2 enfants qui ont 29 et 25 ans.  Je suis Mamie d’une petite fille de 30 mois que je n’ai vu que 2 fois et ma fille va être Maman à son tour d’ici une dizaine de jours.
Je suis conseiller financier. Aujourd’hui, je suis toujours en poste, mais je cherche à me repositionner sur autre chose au sein de mon entreprise ou de l’une de ses filiales, le tout dans un autre département.

 

C.B : Vous avez été victime d’un burn-out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ?

 

Na. : Effectivement, j’ai été foudroyée par ce mal.
J’avais de gros soucis personnels (mon fils est un toxicomane schizophrène depuis 15 ans). Je m’accrochais à mon travail pour ne pas sombrer… Je savais et je reconnais que j’étais en situation extrêmement favorable à une dépression, mais, je m’accrochais. Je me noyais au maximum dans le travail (heures à n’en plus finir, perfectionnisme, recherche de la performance et du résultat, aide à la clientèle….).

La maladie a fait son apparition :
– 1 cancer de l’estomac (pris à temps donc ablation des 3/4 … j’ai échappé à la chimiothérapie et aux rayons… ma vie a repris à peu près normalement).

– 2 hémorragies à n’en plus finir et résultat une ablation de l’utérus en urgence.
Mon couple est parti en fumée, ma santé pas top, mon fils qui n’arrêtait de faire bêtises/bêtises, les heures à n’en plus finir, une hiérarchie non reconnaissante et toujours à en demander plus… Tout ceci cumulé à de plus en plus de problèmes relationnels dus à une certaine différence d’âge et d’ouverture d’esprit, ont fait qu’un lundi soir d’avril 2015, j’ai mis les clefs dans la serrure de chez moi et me suis effondrée sur le trottoir.

Mes voisins ont fait intervenir les pompiers qui ont mis approximativement 45 minutes pour me stabiliser et j’ai été transportée aux urgences du C.H.U. de l’endroit où je réside.

Après quelques heures, j’ai été transférée pour la nuit dans l’unité psy dans le but d’être vue par un médecin psychiatre dès le lendemain matin. Les médecins m’ont expliqué des choses… beaucoup de choses… mais, je n’ai rien compris. J’ai pleuré… beaucoup pleuré… et ma fille, mon conjoint et mes parents (qui viennent de ma région d’origine) sont arrivés. Les médecins leur ont parlé. Ils m’ont supplié et j’ai fini par me résigner : j’ai accepté et signé une hospitalisation dans l’unité psychiatrique. Elle a été de 21 jours, le début de mon cauchemar a commencé…

 

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

 

Na. : La privation de liberté est ce dont je me souviens le plus… J’ai peu de souvenirs de l’année 2015, si ce n’est cette hospitalisation et un très grave accident de voiture en juillet suite à une perte de connaissance au volant de mon véhicule.

 

C.B : Êtiez-vous soutenue par votre entourage ?

 

Na. : Ma fille a toujours été présente, mais pas physiquement puisqu’elle vit dans un autre département.Mon conjoint était présent pour la gestion des papiers. Mes parents étaient présents à distance car repartis chez eux après que j’aie accepté mon hospitalisation.En posant les choses, je m’aperçois que j’étais seule !

 

C.B : Comment vous êtes-vous reconstruite ? Allez voir des thérapeutes et si oui quel type ?

 

Na. : J’ai avancé cahin-caha… j’ai vu 3 ou 4 psy avec lesquels je n’ai pas accroché donc j’ai abandonné.Je voyais toutes les 2 semaines mon généraliste qui m’ a été d’une aide précieuse car nous parlions beaucoup. J’ai repris le travail à 35% au début. En avril 2016, j’ai commis une grosse bêtise… Les pompiers sont de nouveau intervenus et je me suis réveillée 48h plus tard aux urgences.Et là, j’ai vu ma fille… je devrais dire plutôt, j’ai vu le regard de ma fille : son soulagement mais aussi la colère, la peur, les non-dits….Nous avons beaucoup parlé les 2 jours qui ont suivi et je lui ai promis et je me suis promise de ne plus jamais recommencer. Depuis, j’ai repris mon travail à 100%, j’ai stoppé les médicaments sauf pour dormir. Je prends de l’homéopathie, j’ai repris une activité sportive, je suis re-partie en voyage, je vais toutes les 3 semaines chez l’esthéticienne, le coiffeur, je me fais masser régulièrement … Je ne vais pas dire que je suis re-construite car il y a encore des passes de bas et je veille à tous les signaux d’alerte, en permanence car je sens que je pourrais refaire une descente aux enfers…

 

C.B : Avez-vous repris le même poste à votre retour ? Ou avez vous changé d’entreprise voire de métier ?

 

Na. : J’ai repris le même poste au sein de la même entreprise … J’ai mis en place des limites dans mon travail et, sur mon temps personnel, des recherches pour un poste différent en interne et en externe depuis le début 2017…

 

C.B : Qu’est ce que cette expérience du Burn-Out vous a apporté ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vivre aujourd’hui ?

 

Na. : Le burn-out m’a permis de couper les ponts avec mon fils (ne me jugez pas SVP, il m’a fait vivre l’enfer ..) ce qui m’a aidé.
Le burn-out m’a ouvert les yeux sur le fait que je n’aurai jamais la moindre reconnaissance de la part de mon employeur.
Le burn-out m’a aussi appris qu’être seule (sans famille et sans aucun ami(e) n’a rien de grave… au contraire maintenant c’est moi qui choisis vers qui je vais et surtout vers qui je ne vais pas ou veux pas aller….
Le burn-out m’a endurcie… Aujourd’hui, je dis haut et fort ce que je pense et sans aucun regret.
Je ne garde plus rien pour moi, je suis descendue bien trop bas pour cela… j’ai même touché la mort du bout des doigts…
Je me dis souvent que je suis devenue la reine des égoïstes… (une seule personne ne compte plus pour moi : ma fille et bientôt son mini-elle).
Ma façon de vivre a beaucoup changé : je bosse juste ce qu’il faut (mes horaires et le minima syndical), je refais du sport, je m’occupe beaucoup de mon bien-être (esthéticienne, coiffeur, massage, relooking, voyage…).
Je passe beaucoup de temps chez moi pour m’informer par tous les canaux disponibles.
Je recommence seulement à lire (je ne savais plus), à aller prendre un verre, déjeuner en terrasse seule …
Oui, le burn-out m’a définitivement changée : je n’aurai et ne serai plus jamais la personne d’avant ce lundi d’avril 2015, jour où tout mon être s’est effondré.

 

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui

 

Na. : Aujourd’hui, avec tout ce que je sais et tout ce par quoi je suis passée, je me permettrai de dire :
– Ne comptez que sur vous et vous seul(e)s
– Soyez égoïste… un seul être compte : c’est vous !

 

C.B : Question Bonus : quelles lectures vous ont aidé ?

 

Na. : Je n’ai rien lu ! J’étais dans l’incapacité totale de lire, de penser ou d’écrire quoi que ce soit …
Je recommence aujourd’hui doucement l’apprentissage de la lecture. Cette envie de relire est revenue grâce au Groupe Facebook. À force de voir les conseils lecture, je me suis dit qu’il fallait que je m’y remette. J’ai choisi la légèreté pour recommencer !

C.B : Merci beaucoup Na. !


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