Le témoignage que je vous livre aujourd’hui est celui de Florence. Elle a souhaité détailler les étapes psychologiques qui l’ont menée au burn-out car ce sont ces « préliminaires » que les victimes occultent et qu’il convient pourtant de ne pas négliger.

Catherine Borie : Bonjour Florence ! Pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous et que vous faites dans la vie aujourd’hui ?

Forence : Bonjour. J’ai 44 ans et depuis un an et demi, je me consacre à ma famille et à mon développement personnel. Je prends enfin le temps de vivre… et de faire des choses que je choisis de faire parce que j’en ai envie. Je prépare une pièce de théâtre au sein d’une troupe et je suis bénévole dans une association humanitaire.

C.B : Vous avez été victime d’un burn-out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ? Quand était-ce exactement ?

F : Je suis quelqu’un de passionné, quand je m’engage ce n’est jamais à moitié. Je ne sais pas dire non et j’ai tendance à me sur-adapter pour faire toujours passer les besoins des autres avant les miens… Comme si les miens n’étaient jamais légitimes !

Rajoutons une bonne dose de perfectionnisme

Voilà dressé, maintenant je le sais, le portrait robot type d’une candidate au burn-out.

Je me suis investie pendant 20 ans dans une grande entreprise multinationale, au sein de laquelle j’ai occupé des postes à responsabilité croissante. Je me suis beaucoup amusée, j’ai beaucoup appris, j’ai travaillé avec des gens et pour des clients formidables… mais je me suis oubliée en cours de route.

Pour être honnête, je pense que cela faisait plusieurs années que je sentais une perte de sens progressive dans ce que je faisais, sans jamais me laisser le temps de questionner le système. Question de survie. Et de loyauté. Si j’étais là depuis si longtemps, c’est que j’y trouvais mon compte, alors il me restait à m’assumer.

L’image que j’ai de moi, c’est un hamster galopant dans sa roue, toujours plus vite pour éviter de tomber (de lâcher, en fait).

Le parfait déséquilibre de ma vie ! Complètement investie dans mon travail, je ne voyais plus mes amis et ma famille. Complètement bloquée dans mon cerveau, j’avais fait de mon corps un outil, il fallait qu’il me suive. Pas question de flancher.

Mon mari et mes enfants essayaient de me prévenir que quelque chose clochait, mais je n’écoutais pas. Je me sentais me déshumaniser progressivement, je fonctionnais sur pilote automatique… En même temps, j’étais de plus en plus fatiguée, je prenais du poids, j’avais des maux de tête et une sciatique chronique…

Autant de signes que j’occultais en enfilant mes œillères chaque matin avant d’entrer en scène. Je jouais mon rôle de bon soldat à la perfection.

Pourquoi me demanderez-vous ? Tout simplement, j’avais tellement besoin de reconnaissance, une reconnaissance qui venait pourtant si rarement ! J’étais la bonne élève, qui plaçais l’intérêt de la société et de mes équipes plus haut que tout. Comme je le faisais naturellement, pas besoin de remerciement ! Toujours fidèle au poste, quoiqu’il arrive… Sachant motiver et coacher mes équipes, sans être à mon tour motivée ou coachée par ma hiérarchie. Je me sentais tellement seule…

Je détaille à dessein les « préliminaires » parce que, justement, c’est la partie que les victimes de burn-out occultent naturellement.

Et puis, en octobre 2015, c’est mon corps qui a enfin lâché. J’ai vécu une situation traumatique au bureau, la goutte d’eu qui venait faire déborder mon vase, si patiemment et scrupuleusement rempli… Sans entrer dans les détails j’ai été mise K.O. Tiens K.O, puis B.O…

Complètement sonnée, traumatisée, je suis tombée malade puis j’ai été victime d’un accident de la route. A l’hôpital, j’ai fait une rencontre qui a changé le cours de ma vie : la médecin urgentiste qui a très rapidement posé le diagnostic. Burn-out… Elle a insisté pour me suivre. J’étais au bout du rouleau, j’essayais encore de le masquer, mais l’urgentiste m’a poussée, c’est vraiment le mot, dans mes retranchements. Après un bon mois de déni (Comment, moi ? burn out ? allons donc… Trop forte, trop indispensable, trop tout quoi ! Pas moi …) j’ai enfin compris, et accepté. A partir de là, c’est la chute libre, la dépression, le repli sous ma couette. Ne plus voir personne, se couper du monde. Se laisser mourir…

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

F.: Beaucoup de choses ont été difficiles.

Au départ, comme je l’ai dit, c’est d’accepter. Mon ego en a pris un sacré coup, avant que je me rende compte que les gens qui tombent sont, en général, comme moi, des personnes extraordinaires (ça y est j’arrive à l’écrire !) mais qui se sont oubliées.

Comme je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, je ne verbalisais pas bien ce que je ressentais (de toutes façons, mon vocabulaire émotionnel s’était réduit à peau de chagrin) et je me trouvais dans une incapacité à communiquer avec mon entourage. Mon mari, mes enfants étaient complètement déstabilisés par mes crises d’angoisse ou par mon retranchement physique au fond de mon lit. Je me sentais tellement seule…

Le regard des autres aussi m’angoissait. C’est pour ça qu’au début, je ne voulais plus voir personne. Au début, j’avais peur de ce qu’on allait penser de moi. Puis, chacun me renvoyait toujours maladroitement le récit de quidams, que je ne connaissais pas, qui avaient fait un burn-out , blablabla… Après quelques mois, on se mettait à me demander : quand reprends-tu le travail ? ça fait déjà un moment, tu dois être bien reposée à présent. Puis, le temps passant toujours plus, les questions devenaient : mais alors, qu’est ce que tu vas faire ? Tu sais, plus tu vas attendre plus ça sera difficile d’y retourner… Quel stress ces questions, quel stress quand j’y repense.

Les convocations chez le médecin conseil de la sécurité sociale ajoutaient chaque mois une difficulté : la culpabilité, le poids financier de ma “maladie” pour la société. Je ne voyais pas des médecins, mais des comptables. J’avais l’impression que ma santé était le cadet de leurs soucis. Ils me disaient que « je n’avais qu’à me motiver et y retourner ». Ca c’est du conseil !

Et puis, mon employeur… à qui j’avais tant donné pendant tant d’années… Qui a refusé de prendre la moindre part de responsabilité dans mon burn-out, et donc dans un premier temps toute négociation de sortie. Et qui m’a finalement fait vivre un enfer pendant 4 mois avant que l’on se dise enfin au revoir dans des conditions décentes pour moi. A ce moment là, j’ai bien senti que j’ai replongé.

C.B : Etiez-vous soutenue par votre entourage ?

F. : Mon mari et mes enfants m’ont soutenue, mais ils ont eu énormément de mal à me comprendre. Ce qui me paraît logique étant donné que moi-même, j’ai eu du mal à intégrer ce que je vivais. J’ai des amies formidables, qui m’ont toujours soutenue, réconfortée, encouragée… Une amie en particulier, est professeur de gymnastique. Elle m’a littéralement prise en charge physiquement et m’a aidée à remettre mon corps sur pied, si l’on peut dire. Doucement, en écoutant toujours ce qu’il disait, et comment je me sentais. Elle m’a emmenée marcher, me ressourcer en forêt. Un ami coach a également passé beaucoup de temps avec moi, quand j’ai commencé à retrouver de l’énergie. Nous avons travaillé à lister mes valeurs, ce qui est important dans ma vie, et voir comment je pouvais me projeter de manière positive dans la phase de reconstruction.

C.B : Êtes-vous allée voir des thérapeutes pour vous aider à vous reconstruire en plus de l’aide de vos amis ?

F. : J’ai été suivie par un psychanalyste et un psychothérapeute. La médecine du travail a également joué un rôle dans ma reconstruction. Les médecins se sont toujours montrés très disponibles, et ont effectué un coaching très efficace.

C.B : Comment envisagez-vous votre avenir professionnel aujourd’hui Florence ?

F. : Il m’était physiquement impossible de retourner dans mon entreprise, à mon poste précédent comme à tout autre. Le bâtiment m’a longtemps causé des crises d’angoisse, au point que je ne pouvais pas l’approcher. Je n’ai pas encore d’idée très précise de ce que je vais faire. J’ai commencé une formation de coach, qui me plait énormément. Peut-être pourrais-je accompagner des organisations dans une dynamique d’expression de leur potentiel. On verra.

C.B : Qu’est ce que cette expérience du burn-out vous a apporté ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vive aujourd’hui ?

F. : J’ai compris que mon corps était mon ami le plus précieux et j’ai appris à l’écouter. Je n’arrive pas encore très bien à lâcher prise, à mettre mon cerveau sur pause, mais je travaille à développer ma pleine conscience. J’ai appris à m’aimer, à me respecter, à dire non (enfin pas toujours mais c’est prometteur) et j’ai résolu de ne plus me projeter dans un futur hypothétique et donc hypothétiquement angoissant. Quand le futur me fait peur, je sais que je dois revenir au présent et le savourer. Et j’essaie d’être sympa avec moi. Quand je vois que je commence à me critiquer, j’arrive à stopper, m’observer et observer ce qui se passe. Je ne juge pas, mais je mets des mots et donc je prends de la distance.

Plus globalement, mes yeux se sont ouverts. J’ai dit précédemment que j’avais eu l’impression de mourir. Eh bien je suis en train de vivre une (re)naissance. Je savoure les couleurs, les parfums, les sons du monde qui m’entoure. J’ai redécouvert mes enfants. Et je sais que je ne ferai plus de choix professionnels qui ne soient pas en parfaite adéquation avec mes valeurs.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

F. : Prenez du temps pour vous ! Les différentes étapes de votre reconstruction sont longues et si vous avez besoin de temps, c’est tout à fait normal. Lisez, pour lutter contre votre culpabilité, et pour grandir et guérir ; regardez dans un miroir la belle personne que vous êtes. Je m’endors tous les soir avec un petit rituel auquel je me suis accrochée comme à une bouée, et dont je ne peux plus me passer : fermer les yeux en passant en revue tous les éléments positifs de ma journée. Ça peut être un événement, un sentiment, une rencontre… mais cela ancre le positif dont nous avons tant besoin. Si possible trouvez un groupe de parole, faites une cure. Pour ma part, la cure burn-out m’a permis de pouvoir enfin parler à des personnes qui comprenaient ce que je vivais… Et je suis partie physiquement de chez moi, j’ai coupé avec ma famille et suis partie à l’autre bout de la France car j’avais besoin de me retrouver seule avec moi-même. Libre.

C.B : Question Bonus : Quelles lectures vous ont aidé ?

F. : J’ai tellement lu ! et je lis tellement encore…

“Quand le travail vous tue” de Aude Selly, pour bien comprendre les mécanismes du burn-out

“Ta vie commence quand tu réalises que tu n’en as qu’une” de Raphaëlle Giordano

“Imparfaits, libres et heureux !” de Christophe André, et les méditations.

“Les renoncements nécessaires” de Judith Viorst

“Transformez votre vie” de Louise Hay

Eckhart Tollé, Alexandre Jollien, Frédéric Lenoir, Matthieu Ricard…

C.B : Merci beaucoup Florence !

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