L’histoire d’Edwige est celle de beaucoup de femmes et d’hommes en burn-out : l’histoire d’un surinvestissement, d’un professionnalisme poussé à l’extrême. Je vous laisse découvrir ce témoignage poignant.

Catherine B.: Bonjour Edwige

Edwige : Bonjour Catherine

C.B : Edwige, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? Ce que vous faites dans la vie aujourd’hui ?

E. : J’ai 41 ans, une fille de 14 ans, avec qui je vis seule depuis que son père est parti il y a… 14 ans. Depuis 17 ans je dirige des services communication / marketing dans des PME (alternativement salariée ou à mon compte en tant que conseil). Aujourd’hui je réfléchis à une reconversion, je sais ce que je ne veux plus faire mais n’ai pas encore défini précisément ce que j’aimerai faire.

C.B : Vous avez été victime d’un Burn-Out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ? Quand était-ce exactement ?

E. : En effet, en juin 2016, j’ai « capitulé », mon corps a dit stop, et je l’ai enfin écouté.

Je travaillais depuis 2 ans dans une petite structure, j’étais la numéro 2, et dépendais d’un DG très exigeant mais bipolaire et colérique, donc épuisant à vivre.

J’ai été embauchée en tant que responsable de la communication et du développement (commercial), mon poste était très lourd, puisque je remplaçais une attachée de presse (qui ne gérait pas la communication), et que la partie commerciale n’était pas suivie depuis des années. J’ai recruté une attachée de presse pour gérer les relations avec les journalistes et j’ai mis en place la communication institutionnelle et externe et le suivi commercial. Donc je travaillais énormément, au bureau, puis de chez moi le soir jusqu’à pas d’heure ainsi que les week-ends.

9 mois après mon arrivée dans l’entreprise, j’ai été « forcée » à reprendre le poste de responsable des partenariats, poste qui était occupé auparavant par une personne à plein temps… En fait, ils m’ont encensée, en me disant que j’étais extraordinaire, que mon raisonnement et mes résultats étaient tels qu’ils ne voyaient que moi pour reprendre ce poste (en plus du mien qui était déjà très rempli !). J’étais en même temps très fatiguée par plusieurs opérations du rein en peu de mois (7 en 6 mois). Je n’ai donc pas cherché à discuter car je n’en avais pas la force.

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

E. : Les 6 premiers mois de 2017 ont été terriblement éprouvants. Je me voyais m’effondrer tout en mettant cette fatigue immense, ces pleurs, ces angoisses, sur le compte de mes interventions au rein. Je rampais pour aller au bureau, tellement j’étais épuisée, n’arrivais jamais à récupérer de l’énergie malgré des week-ends au calme, je pleurais tous les matins et à la moindre contrariété dans la journée, je m’effondrais en larmes, je me sentais incapable de faire mon travail, je me sentais nulle et incompétente. Je n’avais plus de vie personnelle car dès que je le pouvais, j’essayais de me reposer, donc je ne voyais plus personne et ma vie était réduite à métro, boulot avec un DG bipolaire, mon adorable fille mais ado et donc énergivore à la maison. En plus l’entreprise me devait de l’argent, notamment ma prime 2016, je n’étais toujours pas payée en juillet 2017 ! Donc je ne me sentais absolument pas soutenue au bureau, rien n’était jamais assez bien, et je ne m’en sortais pas. Pourtant, je travaillais plus de 12 heures par jour, 7 jours sur 7.

Puis quand je me suis faite arrêter début juillet (premier arrêt pour 1 mois et demi) et que j’ai enfin accepté les alertes de mon médecin qui avait diagnostiqué un burn out, là je me suis littéralement effondrée !

Psychologiquement d’abord : j’ai passé les mois de juillet et août en pleurs, paniquée à l’idée de retourner travailler dans cette boîte fin août. Mes boss ont cherché à me joindre tout l’été, se rendant bien compte que cela avait été trop loin, que j’en avait trop sur le dos… qu’ils me devaient des choses aussi… mais j’étais pétrifiée à l’idée de leur parler, donc je n’ai jamais répondu à leurs appels. J’ai très mal dormi pendant ces deux premiers mois, j’étais trop terrorisée par tout. Je ne me reconnaissais pas, moi qui ai toujours été forte, hyper bosseuse, dynamique, leader, je redevenais une petite fille terrorisée.

Physiquement ensuite : à dormir 16 heures par jour (des nuits de 12h et des siestes quotidiennes de 4h au moins jusqu’en novembre !). Je ne savais pas que j’avais accumulé autant de fatigue, je ne m’étais absolument pas rendue compte de mon épuisement.

C.B : Êtiez-vous soutenue par votre entourage ?

E. : Oui, très. J’ai l’immense chance d’avoir une famille formidable, des parents et 1 frère et 1 sœur très présents, qui m’ont aidée à déculpabiliser, et donc à me rétablir petit à petit. Ma fille aussi a été géniale, car elle s’était bien rendue compte de ma descente aux enfers, elle avait bien tenté de m’alerter à plusieurs reprises l’an dernier, mais j’étais dans le déni total donc j’avais balayé ses remarques du revers de la main. Du coup, elle était ravie de me retrouver à la maison, pas disponible au début car trop fatiguée, mais depuis quelques mois, je suis enfin ultra disponible pour elle, et notre relation s’est beaucoup apaisée je l’avoue.

C.B : Comment vous êtes-vous reconstruite ? Êtes-vous allée voir des thérapeutes et si oui quel type ?

E. : Je vois une psychiatre depuis le mois de septembre 2016, chaque semaine et cela m’aide beaucoup à déculpabiliser, à remettre de l’ordre dans mes priorités, et à m’autoriser à me faire du bien. Grâce à nos séances, je me rends compte que j’aurai dû dire non, et surtout maintenant je connais mes limites. Ce n’est pas parce qu’on dit non qu’on est faible ou incompétent, au contraire.

C.B : Avez-vous repris votre poste ?

E. : Je n’ai pas encore repris. J’ai pris un avocat car ils me doivent beaucoup d’argent et je souhaite être licenciée, je ne travaillerais plus avec ce DG, il m’a bousillée, je laisse la place à d’autres… Je suis incapable de le revoir, parfois j’ai encore peur de le croiser.

C.B : Qu’est ce que cette expérience du Burn-Out vous a apporté ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vivre aujourd’hui ?

E.: Je dis souvent que ce burn-out a été un mal pour un bien. Cela m’a permis de « remettre l’église au milieu du village », c’est à dire de remettre de l’ordre dans mes priorités. Je ne veux plus jamais travailler au détriment de ma santé, ma fille, ma vie personnelle. Et encore moins travailler avec des personnes toxiques.

Je me suis aussi rendue compte que j’étais une « workaholic », totalement addict à mon travail, et pourquoi ? Probablement parce que j’ai besoin de reconnaissance… Du coup, aujourd’hui j’apprends à la trouver ailleurs, à profiter des petites choses du quotidien, aller prendre un café en terrasse, écouter les oiseaux, sentir le vent sur ma peau, prendre le temps de faire les choses en toute conscience, ne pas faire ce que je n’ai pas envie de faire (pour les choses futiles j’entends), m’autoriser des petits plaisirs, et être moins exigeante avec moi-même et les autres, à respirer profondément et prendre conscience de ce qui m’entoure.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

E. : De ne pas perdre espoir, prendre soin de soi surtout, respirer profondément, faire de l’exercice, prendre tout le temps qu’il faudra pour aller mieux, et retrouver le goût à la vie normale. Et de ne pas s’isoler si possible : il faut en parler pour être compris, l’entourage est très important (famille, sinon amis, sinon associations ou groupes de paroles qui font beaucoup de bien).

C.B : Question Bonus : Quelles lectures vous ont aidé ?

E. : Le livre « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano, le groupe Facebook Burn-Out, Parlons-en ! et beaucoup de lectures et témoignages sur le web.

C.B : Merci beaucoup Edwige !

E. : Mais de Rien ☺

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