Malgré son très jeune âge, Charlotte a déjà fait un burn-out.

De belles études et un métier tourné vers le soin l’ont mené vers l’épuisement. Son burn-out lui a permis de redistribuer les cartes de sa vie. Découvrez comment :

Catherine Borie : Bonjour Charlotte !

Charlotte : Bonjour Catherine !

C.B : Charlotte, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? que faites-vous dans la vie aujourd’hui ?

C. : Bien sûr! Je suis infirmière diplômée depuis 5 ans. J’ai 26 ans. Actuellement je suis en fac de langues, où j’apprends l’anglais, l’espagnol et le russe. Je pars en Grande Bretagne l’année prochaine dans le cadre de mes études et je vise un master.

C.B : Malgré votre jeune âge, vous avez vécu un burn-out… Pouvez-vous nous expliquer comment cela vous est arrivé ?

C. : Tout d’abord, je pense que des raisons personnelles ont participé à ce burn-out, ou l’ont plutôt précipité. Je parlerais presque d’un burn-out général, car oui, je ne fais jamais les choses à moitié (rires ).

J’ai passé mon concours infirmiers en même temps que mon BAC, j’ai donc commencé très jeune. Je pense que mon moral a commencé à baisser dès l’école d’infirmières. J’ai eu des stages formidables et d’autres où on m’a littéralement cassée.

Pour certains stages, je venais la boule au ventre et je finissais en pleurs. Je me suis accrochée malgré tout, en pensant à mon diplôme et au fait que tout changerait une fois que je l’aurais.

Il faut comprendre qu’infirmière n’est pas un métier ordinaire. On voit des choses bouleversantes. Par exemple, lors de mon premier stage, un homme d’une cinquantaine d’années est mort dans mes bras. J’avais 18 ans. J’étais passionnée, alors je prenais du recul et j’arrivais à surmonter ça, même si je l’avoue parfois je rentrais complètement vidée.

Mais ajoutez à cela des personnes malveillantes, dont dépend votre bilan de stage et qui en profitent pour vous mettre une pression folle et avoir des attitudes plus que limites, et là vous obtenez un cocktail explosif.

On m’a dit des choses horribles parfois, en sachant que je ne pouvais pas riposter. Du moins je ne m’autorisais pas. Votre confiance en vous en prend un coup et vous encaissez. Mon école ne m’a pas soutenue sous prétexte qu’il n’avait déjà pas assez de places pour l’ensemble des stagiaires.

Une fois diplômée, j’ai beaucoup bougé. De jour, de nuit, en maison de retraite, en intérim, en psychiatrie, en CHU et à domicile. C’était très enrichissant mais avec le recul je pense que c’était déjà la preuve que je n’étais pas épanouie dans mon travail.

En fait, si j’ai fait ce métier, c’est avant tout pour le relationnel avec le patient. Malheureusement, je n’ai jamais trouvé d’endroit où je pouvais vraiment avoir le sentiment de faire mon travail correctement et comme je le désirais. Même les endroits où la bienveillance était maitresse, le poids de l’argent se faisait sentir et les conditions se dégradaient pour l’équipe soignante mais aussi pour le patient. Si il y a bien quelque chose que j’ai appris c’est que mélanger l’humain et l’argent ne fait pas bon ménage. Hélas c’est plutôt une habitude, qu’une exception.

Le moment où j’ai vraiment commencé à aller mal, c’était quand je travaillais de nuit au CHU. Je faisais partie d’une équipe de remplacements où on m’envoyait dans n’importe quel service, même ceux demandant une formation spécifique. Pas vraiment rassurant en somme, quand vous savez que vous avez un être humain entre vos mains. Mais qu’importe pour la direction, il fallait combler les trous.

Je suis tombée dans des services avec des infirmières épuisées, en arrêt ou qui tiraient sur la corde, au point d’être froides voire aigries… J’ai commencé à prendre conscience du problème. Je ne voulais pas finir comme ça. La seule cadre bienveillante a été mise au placard… Le rythme de nuit m’a peut-être fragilisée de surcroît.

J’étais harcelée au téléphone. Même si j’étais de repos, que j’avais enchainé plusieurs nuits et que j’étais, par exemple, en famille à 1h de mon travail, on me menaçait de rompre mon contrat si je ne venais pas le soir même. A l’époque mon fiancé était étudiant, alors le seul salaire de la maison, c’était le mien. Je n’étais pas très bien payé, mais c’était grâce à ça que l’on pouvait vivre, alors j’estimais que je n’avais pas le choix. J’étais souvent malade mais je ne m’arrêtais jamais.

Mon médecin était inquiet et me parlait de dépression, me disait que je devais lever le pied voire quitter mon travail car il voyait que j’allais mal. Je ne voulais rien entendre. Parce que j’estimais que je ne le pouvais pas. Mais je ne le voulais pas aussi. Je ne suis pas du genre à baisser les bras ou à me plaindre et quand on me parlait de dépression j’étais presque vexée. En plus, je pensais que j’étais trop jeune. Alors, non, je n’écoutais pas.

Ce qui m’a fait dire stop, c’est une nuit qui s’est très mal passée. Une collègue du service en face était brûlante de fièvre, mais les cadres lui avaient refusée son arrêt maladie et elle s’est finalement évanouie sur son lieu de travail. De mon côté, un patient a été victime d’une erreur médicale, alors que je travaillais cette nuit là. Fort heureusement, je n’étais pas responsable et j’ai passé ma nuit auprès de lui à essayer de l’aider désespérément. La personne responsable a refusé de reconnaitre ses erreurs. J’étais écœurée de voir que cette personne ne se souciait pas de son patient, comme nos supérieurs ne se souciaient pas de ma collègue malade. J’ai donné ma démission et j’ai envoyé un courrier au directeur pour lui expliquer ce qui se passait sur le terrain. J’étais soulagée de claquer la porte.

Malheureusement, je pense que le problème était déjà bien ancré. Je n’étais pas heureuse, j’étais complètement désenchantée.

J’ai finalement travaillé dans un cabinet à domicile. J’y ai rencontré des collègues super et je pensais enfin avoir trouvé ma place. Mais les conditions se sont dégradées les derniers mois, nous étions épuisées, notre patronne tirait sur la corde. Une collègue, partisane du moindre effort avait le droit à tout : petites tournées, congés quand elle le désirait, etc. Nous autres non, alors que nous nous donnions à fond. L’ambiance s’est détériorée entre cette collègue/ notre patronne et nous. A la fin, nous devions faire de plus en plus de patients pour combler le manque de notre collègue et les problèmes budgétaires du centre. Entre midi et 17h, j’étais censée être en repos. Vers la fin, on m’appelait et on me demandait de revenir, ou alors on me questionnait presque tous les jours au téléphone pour des choses qui pouvaient attendre.

Je finissais toujours terriblement en retard. Heureusement que nous étions solidaires avec mes autres collègues. Mais j’en avais marre. Je devenais exécrable à la maison. Dès que je voyais mes amis, je ne parlais que du boulot. Je n’arrivais plus à décrocher. Mon fiancé me voyait changer. Je râlais tout le temps, un véritable bonheur à la maison… Puis vinrent les pleurs. De plus en plus souvent. J’ai fait une mononucléose très sévère. On m’a reproché mon arrêt maladie. Puis j’ai commencé à avoir du mal à me lever le matin. Je mettais ça sur le compte de la mononucléose, mais je savais qu’au fond, il n’y avait pas que ça. Cela faisait trop longtemps que j’étais malheureuse, que j’étais profondément triste dès le réveil. J’en avais marre. Un jour, ça m’est tombée dessus, sans prévenir : je ne supportais plus l’idée d’être infirmière. Je me suis posée la question : Est-ce que tu te vois infirmière jusqu’à la fin de ta vie ? La réponse a été sans appel. NON.

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

C. : Je pense que, déjà, ce qui a été difficile pour moi, c’est de prendre conscience que même en étant dans un milieu comme le médical, les gens ne sont pas forcément bienveillants ou humains. J’ai beaucoup déchanté. Soyons clairs, ce n’est pas une généralité, mais ce milieu ne fait pas forcément de cadeaux.

Ce qui a été difficile aussi, c’est le côté financier, car je me sentais piégée.

Mais le plus difficile a été d’accepter que j’avais un problème. Je ne suis pas du genre à montrer que je ne vais pas bien, à appeler à l’aide ou à me laisser abattre. Ce fût le plus difficile travail que j’ai eu à faire.

C.B : Etiez-vous soutenue par votre entourage ?

C. : J’ai la chance d’avoir un homme formidable! Quand j’ai pris conscience que je ne voulais plus être infirmière, la première chose a été de me dire « D’accord, mais que vas-tu faire ? ».

La deuxième a été l’aspect financier. Il m’a soutenue, il était presque soulagé de voir que j’avais pris conscience du problème. Il n’osait pas m’en parler de lui-même, de peur de rajouter un poids sur mes épaules, mais il voyait que j’allais mal. Il m’a soutenue directement. Il faut savoir qu’être infirmière, c’est presque une part de notre identité. C’est un métier qui a une image forte, j’avais peur de la réaction des gens, qu’ils ne comprennent pas comment je pouvais abandonner « un si beau métier ». Mais lui, il a compris. Il a vu ce que j’avais enduré pendant mes 3 ans d’infirmière diplômée. Certains n’ont pas compris effectivement, mais très vite ils se sont abstenus de commentaires.

Mes parents m’ont beaucoup soutenue aussi, à ma grande surprise. Ma mère était un peu inquiète, car pour elle j’avais une carrière alors qu’allais je devenir ? Mais très vite, elle m’a fait confiance et m’a soutenue. Mon père dont je craignais la réaction a été dès notre première conversation un grand soutien. Pour lui reprendre des études, changer de voie, ça ne pouvait être que bénéfique !

C.B : Comment avez-vous fait pour vous reconstruire ?

C. : J’ai déjà beaucoup parlé avec mon compagnon. J’ai fait un grand travail sur moi-même. J’ai essayé d’apprendre à me connaitre mieux et d’arrêter de faire les choses parce qu’il fallait les faire… Mais parce que je voulais les faire. J’ai vu mon médecin et je lui ai tout déballé. Le verdict était sans appel : je faisais un burn-out. J’ai eu du mal à l’accepter, mais mettre des mots sur ce que je vivais a été bénéfique. J’ai été voir une psychologue, pour mes problèmes “privés”. On en a profité pour parler de mes problèmes au travail, son diagnostique fût le même. Elle m’a beaucoup encouragée. Mes collègues m’ont soutenue elles aussi, ainsi que certains amis. J’ai appris à accepter ce qui m’arrivait, je me suis battue. Je m’efforçait d’avancer et si possible avec le sourire. Je me suis également lancée dans un nouveau projet.

C.B : Votre burn-out vous a donc permis de changer de voie car aujourd’hui vous ne faites plus le même métier !

C. : Oui. J’ai fait une rupture conventionnelle et un bilan de compétences. J’ai pris la décision de retourner à la fac, en langues. J’ai toujours adoré les langues et j’avoue que ça me manquait. Je me suis mise en formation continue pour pouvoir assurer. Et j’avoue que je m’éclate ! J’ai rencontré des personnes formidables. Je m’ouvre à un autre univers. Je ne vous cache pas que le soin me manque. Me rendre utile, apporter du positif aux gens me manquent. J’ai tellement aimé mes patients. Quand j’entends une ambulance ou les pompiers, j’ai envie de les aider. Ca me rappelle mon métier, ça me manque. Mais je ne regrette pas. Ni mon ancien métier, ni mon nouveau parcours. J’ai gagné en qualité de vie et franchement j’adore ce que je fais. Je vais terriblement mieux.

C.B : Cette expérience du burn-out vous a apporté un changement de vie… mais que vous a-t-elle appris sur vous-même et sur votre façon appréhender le travail ?

C. : Pour mes études, je pense que j’ai conscience de la valeur de ma seconde chance, alors j’en profite à fond et je me donne à 100%.

Pour ce qui est de la vie en générale, ça m’a vraiment changée. En étant infirmière, j’ai appris à vivre à fond chaque journée et à accepter qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Le burn-out a amplifié cette prise de conscience.

J’ai appris à accepter mes faiblesses et à dire quand ça ne va pas. A dire stop tout simplement. J’ai appris à parler, à communiquer. Au point que maintenant, je ne suis pas gênée de raconter mon passif. Je n’ai pas honte de dire que j’ai été en dépression. Au contraire, je préfère en parler, parce que je refuse de participer à un tabou. Je refuse de ne pas pouvoir aider les gens autour de moi, qui souffrent ou bien qui pourraient être un jour touché par ce mal.

J’ai énormément appris sur moi-même. Et vous savez quoi ? Je suis fière de moi, fière d’avoir été infirmière et fière d’avoir vaincu tout ça. J’en suis ressortie plus forte. Je me connais mieux, je suis beaucoup plus en accord avec moi-même.

En plus, je pense que le burn-out a été quelque chose de bénéfique car il m’a permis de craquer “un bon coup” et de crever l’abcès dans ma vie en générale. Ce fut le déclencheur pour moi. En ayant craqué, j’ai ainsi accepté d’affronter mes problèmes et tout ce qui n’allait pas dans ma vie. J’ai pu avancer sur tous les aspects de ma vie.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de burn-out aujourd’hui ?

C. : De ne pas hésiter à en parler. Quelque soit son âge ( j’en suis la preuve vivante! ) ou sa situation. De ne pas s’enfermer, de ne pas hésiter à appeler à l’aide.

De s’écouter pour une fois et de prendre soin de soi.

Et surtout de ne pas perdre espoir, on peut toujours s’en sortir !

Aujourd’hui, on est plus à même de changer de métier, d’être mobile, alors il ne faut pas hésiter, même si le premier pas est toujours très difficile! Nous n’avons pas à être prisonnier d’une situation, car aujourd’hui des tas de solutions existent pour ne pas être confiné.

Dîtes-vous que vous n’êtes pas seul. Des personnes sont là pour vous écouter, vous conseiller et vous épauler. N’ayez pas honte de votre situation, l’important est d’accepter le problème et d’avancer, le reste n’est que superflu.

C.B : Merci beaucoup Charlotte !

C. : Merci à vous de nous permettre de témoigner !

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