Arwen, jeune instit’ reconvertie, nous raconte par son témoignage que le burn-out peut aussi toucher les métiers de l’enseignement. Merci à elle pour ce beau témoignage.

Catherine Borie : Arwen, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? Que faites-vous dans la vie aujourd’hui ?

Arwen : J’ai 45 ans, je suis professeur des écoles depuis 3 ans. C’est une reconversion professionnelle, j’étais ATSEM avant. Je suis maman solo de 3 grands enfants que j’élève seule depuis plus de 12 ans.

J’ai été maman à 19 ans et ai interrompu mes études et me suis retrouvée rapidement seule avec 3 enfants après deux vies conjugales très difficiles.
Lorsque nous sommes maman solo, nous avons souvent l’impression que nous devons tout faire parfaitement, nous n’avons pas droit à l’erreur, c’est ce que l’on croit.
J’ai donc cumulé durant plusieurs années ma vie de maman seule avec 3 jeunes enfants, le travail et des épreuves douloureuses.
Je me suis oubliée depuis l’âge de 19 ans en fait.

Ma grand-mère était enseignante et m’a transmis l’amour d’apprendre. Elle m’a donné énormément et croyait en moi. Cette force qu’elle m’a transmise m’a donné l’impulsion pour reprendre des études.
J’ai d’abord repassé mon BAC tout en travaillant à l’époque en grande surface afin de financer ma reprise d’études et pouvoir élever mes enfants. J’allais en cours du soir.
J’ai ensuite été animatrice en centre de loisirs, nourrice agrée, puis je suis devenue ATSEM.
Je me rapprochais du monde de l’école, univers qui m’avait bercée. J’ai travaillé auprès d’enseignants durant 7ans. Puis, mes rêves m’ont rattrapée et sous les conseils de mes collègues enseignants j’ai repris mes études.

C.B : Vous avez été victime d’un Burn-Out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ?

A. : Durant une année, j’ai cumulé 40 heures de travail en tant qu’ATSEM et des cours du soir entre 18h et 22h avec la FAC master 1 préparation au CRPE afin de devenir professeur des écoles.
Le week-end, les vacances et même la semaine je travaillais comme une acharnée pour obtenir ce concours, j’ai rendu jusqu’à 60 devoirs durant cette année. Le jour des résultats j’étais sur internet, je n’y croyais pas ! Ce fut je pense après la naissance de mes enfants, un des plus beaux moments de ma vie.

Les vacances sont enfin arrivées après une année éprouvante mais il fallait préparer ma 1er année à mi- temps en classe de GS de maternelle.

Dans l’éducation nationale, après une année en master 1 éducation, vous passez si vous obtenez votre concours en master 2 accumulant les cours à l’ESPE et un mi-temps en classe.
Vous êtes plus ou moins jeté dans la fosse !

J’ai donc préparé, sans savoir le faire, des programmations, des progressions, des séquences, des fiches de prep, un emploi du temps, mes nouveaux programmes….
Pour moi je n’avais pas le droit à l’erreur, n’ayant pas compris que j’étais encore en pleine formation.

Mes élèves méritaient le meilleur.

Année de master 2, j’ai vu beaucoup d’étudiants craquer dans les couloirs de l’ESPE, épuisés.

Je me suis donnée à fond, plusieurs personnes autour de moi m’ont mise en garde. Je travaillais sans cesse y compris week-end et vacances ne prenant que 2 jours de vacances et encore !!! Il m’est arrivé de craquer cette année-là, ma directrice n’arrêtait pas de me dire que j’en faisais trop.
Mais moi l’ancienne ATSEM je me devais de faire de mon mieux quitte à m’épuiser à la tâche.
Je me suis tellement investie que parfois je ne pouvais plus ressentir de plaisir dans mon travail.
J’ai eu d’excellents rapports de visite et ai obtenu ma titularisation, j’étais paraît-il l’une de leur meilleure PES (professeur des écoles stagiaire). J’obtenais également de très bons résultats à la FAC.
J’avais une classe de GS de maternelle sans ATSEM. Je garde néanmoins en mémoire les projets que j’ai pu faire vivre aux enfants que j’ai construit avec beaucoup d’amour.

Les vacances sont arrivées avec le grand jeu des affectations où j’ai subi au moins 3 changements d’école de niveau… Le stress montait d’un cran. Je devais, au début avoir 3 affectations.

J’étais mal dans ma peau, apeurée et je me suis demandée si j’avais bien fait de devenir enseignante, je ne savais plus, persuadée que j’étais mauvaise vu que je mettais des heures à préparer.
J’ai appelé au secours une ancienne collègue qui a vu les énormes classeurs préparés, elle m’a dit : « Mais tu es folle, tu vas finir en BURN OUT !!! STOP là pendant 3 semaines plus rien !!!! »
Mais j’ai continué ! Aucun jour de répit.
Je suis donc devenue T1 ou professeur des écoles titulaire année 1. Je n’avais pris aucun jour de congé, j’étais déjà très fatiguée.
Je suis devenue professeur à temps plein dans 2 classes et 2 écoles différentes 1 CP et 1 classe de CE2 avec des enfants en très grande difficulté.
J’ai adoré mes élèves même si j’ai beaucoup souffert cette année.
J’ai tout donné ! J’étais dans ce CE2 à mi-temps mais devais gérer un plein temps administrativement parlant. J’arrivais à l’école à 7h40 car changeant d’école il fallait que je m’installe, photocopies… et repartait vers 20h. La classe posait d’énormes problèmes de gestion de classe : bagarres en pleine classe, vol…

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

A. : Je me sentais seule, isolée dans ma classe. Je n’étais pas vraiment aidée.
Je pleurais souvent le soir en sortant de classe, épuisée par cette ambiance de classe électrique où tout pouvait exploser à n’importe quel moment, où parfois je luttais même pour arriver à faire classe.
Je me dévalorisais en me disant que j’étais nulle, que c’était moi le problème.
Je passais mes soirées, tous mes week-ends, toutes mes vacances à préparer des projets de séquences afin de mobiliser mes élèves : certains avaient de telles difficultés qu’ils avaient perdu l’envie d’aller à l’école. Alors dans ma classe tout était organisé pour que mes non-lecteurs puissent lire tous les jours avec moi, et pour répondre aux particularités de chaque élève en difficulté. Tout était différencié, car personne ne devait rester sur le côté.

Et puis, la solitude était mon quotidien.

Un jour en concertation car toutes les réunions étaient pour moi, j’ai été prise à partie par ma directrice qui me reprochait de ne pas être assez présente avec l’équipe.
Elle a ajouté une phrase commençant par « on m’a dit que…. »
Une colère est montée en moi, j’ai eu très peur car j’ai failli péter complètement un câble.
Alors pour ne pas commettre d’erreurs j’ai pleuré devant tous mes collègues.
Je me sentais tellement seule et pas vraiment intégrée, aidée.
J’ai commencé à ne plus me nourrir correctement, la nuit je rêvais du travail. Je dormais à côté de mes cartables que je vérifiais avant de m’endormir de peur d’oublier les feuilles à photocopier ou le matériel d’une des 2 classes.
Migraineuse, mes migraines étaient de plus en plus fréquentes. Oesophagite, tendinite, cervicalgie, eczéma, crise de larmes, colère et irritabilité chez moi, oublis de choses, de personnes.
Un jour, en réunion une collègue avec qui j’étais dans une école est venue me parler, je ne savais plus qui c’était !!! Je m’en suis rappelée plusieurs jours après.
J’ai eu 3 accidents de voiture par problèmes de concentration.
Durant les vacances, je ne m’octroyais aucune pause, je commençais à avoir de plus en plus de mal à préparer mes classes, parfois je refaisais 10 fois une séquence car je n’étais jamais satisfaite !

En Avril, j’ai consulté car malgré du sommeil certes perturbé, quoi que je fasse j’étais épuisée.
Je voulais des vitamines, un truc qui me remonte.
Mon médecin qui m’avait vu à d’autres reprises dans l’année m’a dit : « Là, vous êtes en épuisement professionnel, soit vous vous arrêtez et vous vous reposez soit vous allez droit dans un mur. » J’ai refusé son arrêt comme toujours.
Un matin, impossible de me lever, je pensais avoir une maladie grave ou un genre de grippe. « Non Madame vous faites un BURN OUT, mais il est encore temps de réagir. »
Alors j’ai accepté 2 semaines d’arrêt, les vacances arrivant juste après. Mais j’ai continué à préparer, je bossais encore et toujours finissant par devenir de moins en moins efficace.
Mon médecin m’a revu car je souffrais de plus en plus de douleurs, elle a voulu prolonger mon arrêt, j’ai refusé. Les remplaçants défilaient s’arrêtant après 1 journée ou 2 passée dans ma classe.
J’ai appelé ma CPC lui expliquant que je pensais démissionner car je n’y arrivais pas en classe et parce que je mettais des heures à préparer les séquences. Elle a tout fait pour me rassurer, m’a dit que j’étais super et que cette classe était ingérable, elle m’a dit que j’en faisais trop et que je devais prendre du recul.
Mais il n’y avait rien à faire, j’ai continué à me dévaloriser, je continuais à plonger tout doucement mais sûrement. J’étais en surinvestissement mais ma classe de CE2 me demandait de toute façon de gérer cette classe à temps plein sur 2 jours et demi par semaine.

C.B : Etiez-vous soutenue par votre entourage ?

A : Je n’ai pas vraiment été soutenue par mes collègues, je dois l’avouer.
Cependant, ils ont pris conscience de l’importance du travail que je fournissais ce qui m’a valu par la suite leur reconnaissance.
L’ambiance avec l’équipe s’est apaisée mais la solitude fait souvent partie du quotidien des enseignants.

Mes enfants essayaient de m’alerter : « Maman, tu ne parles que du travail, arrête de parler de tes collègues qui t’ennuient, tu t’en fiches ! Tu travailles trop ! »
J’ai emmené mon fils chez un pédopsychiatre car ce dernier glissait vers la dépression.
Le pédopsychiatre m’a prise à part et m’a dit : « Mais vous faites quoi ? Vous passez votre temps à bosser ! Mais vous allez finir en burn-out ! »
Une amie proche m’a également mise en garde, je ne l’ai pas écoutée et d’autres encore.
Je ne les entendais pas ! Pour moi j’étais juste nulle et c’est pour ça que je n’y arrivais pas !
En fin d’année j’ai ressenti que j’étais arrivée au bout de mes possibilités.

Arrivée aux affectations, j’ose appeler les syndicats pour leur dire combien j’ai souffert.
Ils me demandent de rencontrer le médecin du travail, j’ai très honte mais j’y vais quand même.
Je lui ai expliqué que je souffrais, que je faisais des efforts mais que mon année avait été très difficile. Il m’a dit que c’était courant chez les enseignants débutants. Il a ajouté qu’il serait préférable que l’année suivante je n’aie qu’une seule classe.
Mon affectation tombe : j’aurais le matin des CP/CE1 l’après midi des CM1/CM2 le lendemain l’inverse le jeudi vendredi une classe de CP et les mercredis une classe différente à chaque fois.
Je suis effondrée ! 5 niveaux de classe à préparer dans pas mal de matières.

Je finis par relativiser mais du coup je me lance dans les préparations et ça fait beaucoup de choses à préparer mais je suis confiante persuadée que je vais gérer.
Je prépare donc toute ma première période.

Je pars en vacances et la nuit je me réveille en apnée, j’ai des angoisses terribles.
Je glisse tout doucement. Mon fils va de plus en plus mal et devient très agressif avec moi.
Ma meilleure amie me voit et là elle se rend compte de l’état dans lequel je suis.
Je suis une boule de douleurs : migraines, crise de névralgie cervico brachiale, tendinite de l’épaule, pleurs sans raison, stress, je ne parle que du travail, je ne peux plus rien gérer d’autre, mon fils dérape, me manque de respect mais je n’en ai plus pour moi depuis longtemps alors…

Elle m’envoie chez son médecin traitant, je suis effondrée, je pleure, je n’arrive plus à m’arrêter et là il me parle très brutalement : « Vous êtes au plus bas, 2 semaines d’arrêt pour un burn-out ce n’est pas suffisant. Vous êtes en dépression, vous attendez quoi pour réagir ? Si vous ne le faites pas pour vous faites le pour votre fils. Vous avez atteint un seuil de douleurs inacceptables. Donc il faut un traitement anti douleur, une thérapie, vous arrêtez pour prendre soin de vous, vous faire suivre par la kiné et il y a du boulot, vivre. »

Je lui avoue que oui j’ai pensé mourir car au moins je me reposerai tellement je suis fatiguée.
Il m’arrête, je rate la rentrée, j’ai honte ! Mon médecin rentre de vacances et je vais la voir, persuadée qu’elle va me renvoyer au travail, ma drogue. Non, elle est pour la première fois autoritaire avec moi et me dit que je ne suis pas capable, en l’état, d’être en classe !
Cette phrase me tue, je me sens mal. Elle pose des paroles bienveillantes et m’explique que je suis arrivée au bout et que là il va falloir me reconstruire.
Je suis en colère et je me rebelle mais elle reste sur ses positions m’expliquant que ma drogue va me manquer mais que je dois à tous prix décrocher du travail même si je vais ressentir un sentiment de manque.

C.B : Comment vous êtes-vous reconstruite ?

A. : Je suis tombée en Août 2017 pour la 2ème fois mais de manière plus brutale.
Aujourd’hui, je suis à 3 mois d’arrêt, mon médecin a demandé un congé longue maladie.
Les mots syndrome anxio-dépressif avec perte d’élan vital, anorexie, angoisses majeures, perte de confiance en soi ont été inscrits sur cette demande de congé longue maladie et m’ont frappée en plein visage !
Mon médecin généraliste m’a conseillé la méditation de pleine conscience, la cohérence cardiaque, la marche. Je prends des anxiolytiques et un traitement contre les douleurs neuropathiques, je vais sûrement prendre en plus des anti-dépresseurs, car j’ai glissé vers la dépression.
J’ai perdu 11 kg en 1 mois et ma perte de poids continue, manger est compliqué c’est un combat.
Je souhaite de tout mon cœur faire une thérapie pour me sortir de là. Je suis donc en pleine reconstruction et j’ai conscience que ça va être long.

C.B : Où en êtes-vous aujourd’hui sur la question de la reprise du travail ?

A. : C’est un énorme problème pour moi. J’ai été si loin dans l’épuisement que je ne savais plus si mon choix professionnel était le bon. J’ai voulu démissionner.
Aujourd’hui, quand je pense à mon métier d’enseignante, au combat mené pour y parvenir, au travail fourni auprès de mes élèves, les larmes me montent automatiquement.
Je pense aimer profondément mon métier mais j’ai tant souffert que je me pose encore des questions :
Dois-je arrêter ? Suis-je faite pour ça ?
Je suis terrorisée par l’idée du travail que mon métier m’impose et que je me suis aussi imposé.
C’est une angoisse terrible la reprise : comment vais-je arriver à arrêter de me surinvestir ?
Est-ce que je peux ressentir du plaisir à enseigner et non de la souffrance ou suis-je condamnée à vivre cela dans la douleur ?
Je suis perdue.
Je rêve du moment où je retournerai en classe en étant détendue, où je préparerai ma classe sans me mettre une pression de dingue et avec plus de facilité… Je rêve de reprendre ce métier sans cette souffrance.

C.B : Qu’est-ce que cette expérience du Burn-Out vous a apportée ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vivre aujourd’hui ?

A. : Cette expérience m’a appris plusieurs choses sur moi-même. Depuis que je suis maman (cela fait 24 ans), je me suis oubliée.
Depuis 24 ans je ne vis que pour mes enfants. Je fais tout pour eux et je me consacre à mon travail avec beaucoup de sérieux. Or, nous devons garder une part d’égoïsme, c’est vital.
Lorsque je suis arrivée chez le psychiatre, il m’a dit à juste titre : « Mais mis à part la mère de…ou la maîtresse de vos élèves, qui êtes-vous ? »
C’est encore un mystère pour moi.
Le sourire de mes enfants, de mes élèves, de leurs parents, faire plaisir aux autres, donner aux autres.
Mais moi et bien voilà le problème est aussi là, je ne sors pas seule, je n’ai pas de vie de femme, je suis mère et professeur.
Le travail a failli me tuer, j’ai voulu mourir. J’aime la vie de manière inconditionnelle : qu’est-ce qui a bien pu m’arriver ?
Le travail ne doit pas être un sacrifice, il y a des choses bien plus importantes.

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

A. : Si j’avais un conseil ce serait celui de ne pas attendre d’être tout en bas avant de s’arrêter.
Il faut accepter son état sans culpabiliser et accepter l’arrêt de son médecin.
Il faut trouver les bons professionnels, accepter leur aide, se faire accompagner le plus possible.
Et il faut lâcher prise, se reposer, se couper de la sphère professionnelle en écoutant son corps, en le respectant. Il faut également être bienveillant avec soi-même, s’armer de patience.
La marche en pleine nature permet de lutter contre les angoisses. Il faut accepter de dormir le temps qu’il faut pour récupérer.
Si on a un entourage, il faut leur expliquer sans avoir honte, afin qu’ils comprennent ce que l’on traverse.
Il faut être entouré, c’est difficile, je sais de quoi je parle mais ce groupe de paroles par exemple (Burn-out, parlons-en!) aide à combattre notre isolement et à partager avec d’autres.

C.B : Question Bonus : Auriez-vous des lectures à recommander ?

A. : C’est difficile de lire bien souvent en burn-out nous sommes diminués sur le plan cognitif.
J’ai lu « Le guide du Burn-out ».

C.B : Merci beaucoup Awen !

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