Voici l’histoire d’Anne Lise, qui a fait un burn-out il y a 2 ans. Depuis, elle raconte sur son site et son blog le chemin de sa reconstruction. Elle a accepté de répondre à mes questions pour aider ceux et celles qui, comme elle, sont tombés et cherchent à se reconstruire.

 

 C.B : Anne Lise, pouvez-vous vous présenter en quelques mots : quel âge avez-vous ? que faites-vous dans la vie aujourd’hui ?

 

A L : J’ai 46 ans, je suis maman d’un petit garçon de 9 ans, j’ai travaillé 21 ans dans un groupe international à des fonctions de management en marketing puis en informatique, je suis en arrêt de travail suite à un burn-out et une dépression diagnostiqués en avril 2015.

 

C.B : Vous avez été victime d’un Burn-Out… Pouvez-vous nous expliquer le contexte et la cause ?

 

A L : C’est complexe, j’identifie désormais que le burn-out est multifactoriel. Il y a une part de ma personnalité et notamment le dépassement assez permanent des limites et du cadre (perfectionniste, impliquée, engagée, exigence sur le résultat), il y a une part d’inconscience de la part de l’employeur qui conduit à de l’abus (plus j’en acceptais, plus on m’en donnait), il y a le contexte personnel et en ce qui me concerne ma relation de couple qui était une source de déséquilibre et de mésestime de moi.
J’ai travaillé 21 ans dans une grosse entreprise internationale, avec beaucoup d’implication, beaucoup de passion, beaucoup de stress, beaucoup de challenges, de nombreux défis, un apprentissage permanent qui me portait, des équipes petites puis grandes à manager, dans une attente sans fond de reconnaissance qui n’est jamais arrivée.
Quelques jours avant ma « chute », un collègue assis à côté de moi en réunion regarde l’écran de mon ordinateur sur lequel mon agenda était affiché et me dit : « tu n’as pas de vie toi ». Cette phrase, je m’en souviens, m’a faite frissonner, et en moi-même je me suis dit, non je n’ai pas de vie, je remplis mon agenda de rdv, de réunions, d’entretiens, de dossiers, de présentations, je travaille le soir, la nuit, le we, et cela fait des années que cela dure.
Et puis je me suis écroulée physiquement le premier jour d’une semaine de congés au printemps 2015.

 

C.B : Quelle a été la chose la plus difficile à vivre durant cette période ?

 

A L : La chose la plus difficile au début à été d’accepter l’arrêt de travail. J’étais submergée de culpabilité, je le suis encore parfois. Comment accepter de vivre aux crochets de la société ?
Et puis, je ne me reconnaissais pas, je n’étais plus la même. Je dormais énormément, j’étais en mode minimaliste : me lever, m’habiller, me laver, aller chercher mon fils à l’école les semaines où il était avec moi, acheter à manger et faire les repas étaient devenus un Everest.
Je n’avais plus d’agenda surchargé.
Se lever le matin n’avait plus aucun sens et mon corps était comme un boulet arrimé au matelas, j’étais désorientée de me voir et de me sentir ainsi.
L’autre point était de ne pas comprendre, de ne plus rien comprendre, moi qui avais toujours avancé avec une volonté de fer qui ne m’avait jamais fait défaut, ma volonté avait disparu, quelque chose de plus fort était en moi et conduisait à ma place. C’est comme si on avait changé le moteur à l’intérieur de moi et que le mode d’emploi n’était pas fourni.

 

C.B : Etiez-vous soutenue par votre entourage ?

 

A L : J’ai eu cette chance que mon entourage ne me dise pas ces phrases terribles du genre : « bouge-toi », « il faut retourner travailler », « remue-toi », « Ce n’est pas en restant là à ne rien faire que cela va s’arranger »
Ma famille m’a assurée un soutien discret ET fiable. Et puis j’ai des amis très proches qui ont compris toute de suite, qui ont été présents et le sont encore et me font confiance. Je dois dire que j’ai beaucoup de chance et j’en profite pour les remercier. Je rajoute que j’ai mis mon entourage à distance les 3-4 premiers mois car je ressentais un besoin irrépressible de vivre seule, dans le silence et le plus grand calme.

 

C.B : Comment vous êtes-vous reconstruite ? Etes-vous aller voir des thérapeutes et si oui quel type ?

 

A L : Il y a 2 choses très fortes et très caractéristiques dans mon cas, mes 2 bouées.

 

La première est que dès le début, vraiment dès le début, j’ai su que ce burn-out arrivait pour quelque chose, qu’il avait un sens, que je ne tombais pas pour rien.
Le seconde est que je n’ai jamais perdu l’envie de lire, de regarder des vidéos sur internet, de chercher, de fouiller, j’étais (je le suis encore) assoiffée de connaissance me permettant de comprendre et de sentir ce qui m’arrivait. Même quand je passais ma journée au lit en plein mois de juillet parce que j’étais vide de toute énergie, je lisais, je dévorais, j’allais d’article en témoignage, de vidéos en pratique. Je faisais une boulimie de témoignages qui me permettait de me lire comme dans un miroir.

Comment j’ai fait : j’ai encore plus fait attention à mon alimentation qui était déjà bio, j’ai rajouté tout un tas de graines, d’huiles et j’en ai constaté l’effet bénéfique.
Et j’ai suivi et suis encore différentes pratiques thérapeutiques : psychotérapie, EFT (Emotional Freedom Technique), acupuncture, homéopathie, j’ai consulté un énergéticien, j’ai découvert le Qigong, j’ai poursuivi la danse africaine, depuis janvier de cette année je fais du stretching postural.
Je remarque que les pratiques permettant de revenir aux sensations corporelles sont fondamentales, elles m’ont permis de m’ancrer, de débrancher le petit vélo du cerveau, de revenir à l’essence.
Et puis je me suis tournée vers la spiritualité ce qui m’a ouvert de nouveaux horizons, de nouvelles façons d’envisager la vie.
Le pilier de mes pratiques reste l’écriture : l’écriture qui permet d’exprimer ce qui va, ce qui ne va pas, mes émotions, mes sensations.
L’écriture qui permet de partager avec qui veut bien me lire et d’une certaine manière offrir à l’autre mon témoignage et mon vécu pour l’aider.
L’écriture pour me rencontrer moi-même. Lorsque je démarre une page désormais, je connais mon intention initiale, ce que j’ai besoin de poser sur le papier et puis je ne sais jamais comment je vais terminer, ce que je sais c’est qu’il y a bien souvent une belle découverte que je n’avais pas soupçonnée.
J’ai un site sur lequel je témoigne de mon burn-out, de ma petite méthode de guérison et de mes sources inspirantes de guérison.
J’ai aussi un blog sur lequel je publie quelques textes sur ce que m’inspire la vie et la nature.

 

C.B : Avez-vous repris le même poste à votre retour ? Ou avez-vous changé d’entreprise voire de métier ?

 

A L : Je n’ai pas repris d’activité professionnelle. J’ai fait un bilan de compétences qui m’a permis de clarifier tous les projets que j’ai dans la tête, ils sont nombreux.
Je récupère mon énergie peu à peu, jour après jour. A ce jour, j’ai de nombreux projets mais ne parviens pas (encore) à décider entre franchir le grand saut de l’entreprenariat ou revenir dans mon entreprise sur un job adapté à mes besoins professionnels et personnels ou les deux.

 

C.B : Qu’est ce que cette expérience du Burn-Out vous a apporté ? A-t-elle changé quelque chose dans votre façon de vivre aujourd’hui ?

 

A L : Je ne suis plus la même. Je ne vois plus la vie de la même façon.
Je crois que j’ai appris des essentiels :
Nous sommes responsables de notre santé, de notre corps, de nos comportements, de nos oui et de nos non.
• Et puis la vie est beaucoup plus grande que nous, c’est un système complexe et puissant dont nous ne connaissons pas grand chose, qui demande juste à être expérimenté, j’ai beaucoup plus confiance en la vie et en moi.
Revenir à ce que nous aimons fondamentalement pour en faire découler nos actions plutôt que laisser nos peurs guider nos décisions.
Cesser de se faire la guerre à soi-même par de l’autocritique, par des messages très durs que l’on s’inflige parfois (nous ne sommes pas assez ceci ou cela).
Considérer la vie, les réussites, les échecs comme des expériences, puis transformer peu à peu ce qui ne nous convient pas.
Accepter que tout change tout le temps, nous y compris.
Observer : observer ce que l’on ressent, observer nos idées, observer nos émotions, observer permet d’accepter puis transformer ce que l’on souhaite transformer.

 

C.B : Quel serait LE conseil que vous pourriez donner à une personne souffrant de Burn-Out aujourd’hui ?

 

A L : De prendre le temps de passer du temps seule avec elle-même, de recontacter son corps, ses sensations, et par là même d’accepter la situation. Une fois que l’on accepte, on ressent moins de culpabilité, on se compare moins, la douleur est moins douloureuse, on accepte qui l’on est et ce que l’on traverse pour ensuite mieux se construire à partir de sa propre vérité.
Cultiver la gratitude, identifier très régulièrement, quotidiennement, la ou les petites choses qui ont apporté de la joie : avoir un toit sur la tête, le sourire de son enfant, le soutien du psy, le repas que l’on est arrivé à préparer alors que cela faisait 3 semaines que l’on y parvenait pas, le groupe Facebook de Marina et Catherine 😉

 

C.B : Question Bonus : Quelles lectures vous ont aidée ?

 

A L : j’ai beaucoup de gratitude pour les auteurs, conférenciers, philosophes, scientifiques dont j’ai lu les livres, visionné les vidéos et participé parfois aux conférences. La liste exhaustive de mes sources inspirantes de guérison, comme je les appelle, est ici : http://je-gueris-chaque-jour.webnode.fr/sourcesinspirantesdeguerison/

 

 

C.B : Merci beaucoup Anne Lise !

 

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